le béton, la vérité de la structure

Article Regard croisés, Béton en transitions, D’Architectures n°288, avril 2021, p. 124.

Quel avenir réservez-vous à l’emploi des bétons dans vos projets ?

Le béton appartient au triumvirat moderniste des matériaux (acier, béton, verre) et comme tel il subit aujourd’hui une mise à niveau nécessaire telle que l’architecture contemporaine est en train de l’orchestrer depuis une décennie. La vérité de la structure s’impose aujourd’hui à nouveau comme principale arme pour gagner la bataille contre l’isolation par l’extérieure à tout prix. Dans ce cadre le béton est pour nous le garant d’une certaine continuité de la culture constructive où la France est la principale héritière. Le béton permet de garantir à la fois la lisibilité constructive d’un ouvrage et sa durabilité. Oui sa durabilité, car dans le contexte actuel de crise économique profonde, où l’entretien et la maintenance destinée aux bâtiments est presque nulle, il est important de réfléchir sérieusement au cycle de vie global d’un bâtiment, d’autant plus que le gros-œuvre occupe environ 50% du prix de construction.

Nous croyons fortement que l’avenir du béton est très prometteur car il est à ce jour le seul matériau qui s’intègre dans la condition ordinaire dans laquelle nous baignons. Il permet de combiner d’une part la possibilité d’une mise en œuvre approximative et de l’autre de permettre un mélange entre ce qui tient et ce qui protège. Comme le match Riciotti-Madec1 l’a statué, ce qui sera important n’est pas de questionner s’il faut ou non construire en béton mais plutôt réfléchir à ce que l’on met dedans.

Quelle part accordez-vous au mix matériau dans vos recherches ?

Comme le rappelle l’architecte Hendrick Petrus Berlage «tant dans les arts que dans la nature, on est d’abord confronté à la loi de la pesanteur»2 , et le béton nous intéresse car il nous permet de nous ancrer au sol, à son territoire.

De la même manière lors de la conception de nos bâtiments, notre priorité est d’exploiter au maximum le système constructif qu’impose un matériau. Accompagner la matérialisation d’une intention et pour nous nécessaire à la bonne réussite du projet. La volonté de subir sans malice un système constructif nous amène souvent à devoir combiner plusieurs matériaux entre eux dans le but de créer une architecture où le langage n’est pas prédéterminé par une exigence obscure ou par simple intuition mais par une logique constructive inhérente aux conditions de nécessité du projet. Nous sommes effectivement confrontés à ce questionnement sur plusieurs de nos projets dernièrement. Par exemple la construction d’une pension de famille située à Paris en aplomb de la petite ceinture a pour principe d’unir à un exosquelette en béton préfabriqué (bas carbone lié d’agrégats issus du réemploi) un remplissage par béton de chanvre et de planchers mixtes bois-béton.

Cette attitude est pour nous fondamentale si nous voulons dépasser la querelle post-moderniste dans laquelle nous nous trouvons encore, où la séparation entre hard-core et soft-core nous oblige à réfléchir à un matériau par son aspect plutôt qu’à ses possibilités intrinsèques.

Pour le centre de loisirs situé à Athis-Mons, nous avons opté pour un système constructif poteaux-poutre en béton préfabriqués afin de permettre l’évolution des espaces dans le futur. La façade est composée de voiles en béton courbés et teintés dans la masse de couleur gris rosé. La courbe donnée aux voiles permet l’emboitement des panneaux et de dissimuler les joints entre eux. Au regard d’un temps de chantier serré dû aux impératifs scolaires, les 54 panneaux ont été monté en trente-cinq jours.

  1. Emission «Interdit d’interdire. Pour ou contre le béton ?» sur RT France.
  2. H. P. Berlage, «De plaats die de bouwkunst in de moderne aesthetica bekleedt» Bouwkundig Weekblad, VI, 3 et 10 juillet 1886.

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