du mur poché au complexe de mur

En partant de notre pratique et de nos stratégies d'approche au mur à l'heure de la RE2020 nous avons retracé en quelques lignes l'histoire de cet élément architectonique primordial. Comment le mur poché des traités antiques est devenus le complex mural que nous manipulons au quotidien sur nos logiciels de CAO ? Et plus important, qu'est ce que cette explosion des couches de la façade implique pour notre discipline ? Pour illustrer ce court article nous avons réalisé un bas relief représentant ce passage d'une vision inter-murale de l'espace à une conception qui intègre les relations intra-murales.

De Vitruve à Durand, de Palladio à Choisy, la conception classique de l’architecture occidentale s’est articulée autour de la composition de l’espace vide créé par des systèmes muraux de plus en plus ciselés. Que ce soit à la lecture des traités successifs, des célèbres axonométries plafonnantes, ou des planches de plans et coupes les illustrant, l’espace architectural apparait en creux de son négatif : le coffre mural. Le plein est représenté comme une matière uniforme, pochée blanche ou noire. L’élément architectural primordial est simplement « mur », la substance indivisible inhérente à la composition, et l’art de l’architecte se révèle uniquement dans la création de tensions inter-murales.

Mais la modernité, de Semper à Laugier, fracture subitement le paradigme du mur comme monade. On découvre que les rôles de structure et de fermeture sont en réalité divisibles entre des éléments porteurs d’une part et d’autres de remplissage. Cette révolution se développera près d’un siècle avant de trouver son apogée dans les 5 points de l’architecture du Corbusier qui avance que la façade est désormais libre et multiforme.
A son tour, la postmodernité par la figure de Venturi redivise les couches du mur : En réponse à l’architecture canard pour laquelle forme et message ne font qu’un, il scinde physiquement sur façade du hangar décoré l’enveloppe et le signifiant.
A la même époque, les premières crises énergétiques portent une nouvelle compréhension de leur discipline aux architectes : les murs ne délimitent pas seulement un espace mais aussi un climat intérieur. A la fermeture spatiale s’ajoute alors la strate d’isolation thermique. L’intensification continue du dérèglement climatique amenant désormais à prendre en compte additionnellement le confort d’été comme d’hiver dans la constitution de la peau des édifices.
Ainsi, cet ouvrage s’est progressivement subdivisé en de multiples composants par l’explosion des fonctions auxquelles il devait répondre. Le défi pour cet élément primordial de l’architecture est que cette complexité nouvelle ne se résolve pas au détriment du sens.

Bien évidemment, la conception de ce complexe de dispositifs et de strates murales est largement déterminée par une série de contraintes techniques et constructives ainsi que par les conditions économiques de la production matérielle. Mais l’épaisseur de l’enveloppe peut aussi offrir une nouvelle profondeur à la pratique architecturale sans pour autant tomber dans la banalité ou la rhétorique.
Puisque le sens d'un bâtiment réside aussi dans la compréhension de ses caractéristiques constructives, le complexe de mur peut être décrypté comme un palimpseste témoignant du processus de la conception architecturale. En plus relations inter-murales, la discipline contemporaine adresse désormais toute son attention aux relations intra-murales et aux tensions esthétiques et constructives que la multitude de couches génère. Aujourd’hui plus que jamais, le mur doit rester cet élément lisible qui raconte sincèrement l’identité de l’édifice.

Qu’est-ce qu’il reste à raconter au mur quand celui-ci devient le résultat d’une stratification de dispositifs ?

Série de publications sur la figure du MUR de l'institut public italien IN/ARCH Lombardia septembre 2023

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