hôtel de ville, Villiers-le-Bel

L’extension de l’hôtel de ville de Villiers-le-Bel est à la fois le reflet d’enjeux politiques, sociaux et culturels et d’un engagement affirmé du maître d’ouvrage en faveur de l’amélioration de la qualité des services destinés aux citoyens de la ville.

La mairie de Villiers-le-Bel est une traduction architecturale de l’emballement démographique qu’a connu la ville dans la seconde moitié du siècle dernier, passant de 5 000 et 25 000 habitants en 30 ans. Face à cet afflux d’habitants, l’hôtel de ville historique procède à des annexions successives des bâtiments autour, qu’il s’agisse de logements ou d’une partie de l’école élémentaire qui la bordait. De cette extension par agrégation non planifiée découle une morphologie complexe et hétérogène, sans réelle organisation commune.

Notre projet propose de transformer ce bâtiment institutionnel introverti et figé dans sa composition incertaine, afin de lui offrir une possibilité de dialogue avec son tissu urbain et son contexte social. En développant une écriture architecturale unifiante, la nouvelle extension fabrique un dispositif qui n’a pas pour but d’imposer un geste architectural mais plutôt de clarifier le déjà-là, afin d’offrir une cohérence à cette partie du centre-ville en pleine mutation.

Les volumes créés s’intègrent alors dans la multitude d’héberges variées qui compose l’îlot de l’hôtel de ville. Ce rôle de médiateur appelle à une grande simplicité formelle qui se traduit par des toitures double pente tout à fait conventionnelles et une sobriété compositionnelle qui nous a mené à développer une même vêture à la tonalité unifiante sur l’ensemble du nouveau pôle administratif. L’objectif social comme architectural de cette opération de retissage sur un déjà-là fracturé est la recherche d’un apaisement pour cet ensemble complexe.

Refusant le rôle d’objet architectural, le nouveau volume préfère servir d’arrière-scène encadrant le bâtiment de la mairie historique. L’extension veut jouer un rôle fédérateur pour négocier entre les différentes héberges des ailes existantes.

Afin d’assurer la bonne greffe de l’extension, nous avons travaillé étroitement avec l’architecte des bâtiments de France, notamment pour déterminer la morphologie la plus juste et l’enveloppe la plus adaptée à ce bourg historique.
Nous avons alors conçu cette vêture en céramique, dont le bardage a fait l’objet d’un ATEX puisqu’il a été développé spécifiquement pour ce projet. L’aspect minéral ainsi déployé répond directement aux teintes de l’église du XVIème siècle situé à l’autre bout de la rue.

Le traitement de l’enveloppe par cette nouvelle peau minérale permet d’unifier l’extension à travers la tonalité englobante. Le projet peut alors se lire comme un élément médiateur qui organise autour de lui les liens entre les différents bâtiments composant par accumulation la mairie actuelle. Ainsi, les batiments anciennement annexés sont eux aussi isolés par l’extérieur sous cette nouvelle peau qui les incorpore dans l’ensemble rationalisé.

La constitution d’un ensemble global compréhensible passe aussi par la recomposition d’un volume unifié. L’extension s’insère ainsi entre la bâtisse historique de l’hôtel de ville et la longère confisquée à l’école. Au nord, elle réhausse le rez-de-chaussée en un pignon haut qui referme l’ilot urbain que constitue désormais ce pôle administratif. Cette émergence se traduit par deux toits à deux pentes qui remémorent les origines pavillonnaires d’un petit village devenu en quelques années un étonnant carrefour multiculturel. Au sud, dans la continuité de l’existant, un nouveau volume en extension complète l’ensemble logeant de nouveaux bureaux en étage et un espace de stationnement protégé en rez-de-chaussée.

Insérées entre les trois bâtiments existants, les nouvelles extensions s’encastrent dans une emprise au sol très contrainte. Cependant, grâce à une compréhension fine des contraintes et capacités structurelles de l’existant, un travail appliqué de connexion entre les espaces intérieurs permet de tisser de grandes surfaces libres en rez-de-chaussée et de rendre accessible l’ensemble des locaux.
Cet espace résiduel se transforme alors en un hall où la transparence de la façade prolonge le parvis jusqu’à l’intérieur du bâtiment tout en permettant aux citoyens d’effectuer leurs démarches en toute tranquillité.

Malgré un contexte stigmatisant faisant suite notamment aux émeutes qui ont émaillé la ville de Villiers-le-Bel précédemment, le projet fait le pari d’une architecture publique ouverte et largement vitrée. En intervenant sur l’hôtel de ville et en pacifiant son organisation interne comme son apparence extérieure, l’opération entend aussi apaiser le rapport entre l’institution et l’espace public en les rendant poreux et ouverts.

Les interventions pour créer ces nouveaux locaux dédiés à l’accueil du public et aux services de la ville prennaient comme postulat de conserver l’existant le plus possible. Le déjà-là est la matière première de ce projet, minimisant drastiquement son empreinte carbone. Cette base de conception est également issue des conditions économiques de l’opération mais également des contraintes opérationnelles de la maîtrise d’ouvrage. En effet, pour maintenir une continuité de service et permettre une opération tiroir, faire avec l’existant s’avérait presque une nécessité pour maintenir la faisabilité de l’opération.

La complexité et la technicité de s’insérer entre plusieurs ouvrages d’époques et de constitutions différentes se sont confrontées au temps long des études puis à un phasage très séquencé de chantier pour permettre à l’opération tiroir de se dérouler. De 2014 à 2018, le projet a intégré au fur et à mesure les demandes des services de la ville dont les besoins évoluaient ou s’exprimaient plus finement par la refonte de l’organisation des services dans la ville (regroupements de service, construction d’une mairie annexe, libération de locaux…). Prévue initialement d’une surface de 280 m² l’extension s’est alors étoffée de 150m ² supplémentaire pour envisager l’intégration de bureaux complémentaires. Rue Pasteur, une deuxième extension de 80m² s’insérant dans une dent creuse du site a été ensuite inclue à l’opération permettant de mettre en accessibilité l’ensemble des locaux et de compléter l’ensemble de l’îlot institutionnel.

La démarche de transformation de l’existant nécessite une expertise de tous les acteurs impliqués dans l’opération pour avoir l’amplitude de s’adapter tout au long du chantier. Car faire avec l’existant est aussi dépendant de la capacité des constructions à recevoir des transformations. Avec un patrimoine qui n’a pas été conçu dans cette optique, cette opération que nous avons menée durant 8 ans nous a obligé sans cesse à questionner et à faire évoluer notre pratique à l’aune des enjeux climatiques et économiques qui nous animent.

fiche technique

lieu

Villiers-le-Bel (95)

programme

réhabilitation et extension de l'hôtel de ville

client

ville de Villiers-le-Bel

calendrier

livré en 2022

spécificités

réhabilitation patrimoniale, milieu occupé, opération tiroir

surface

2 370 m²

distinctions

Palmarès de la construction durable du Val d'Oise, 2023 (nommé)

crédits

Maxime Verret (photos), graal (maquettes)

graal architecture et stratégies urbaines
13 rue georges auric 75019 paris
+33 (0)1 43 55 85 74, contact@graalarchitecture.com