Paris 19e
114 logements étudiants, Paris
La rue de Riquet est un axe structurant à l’échelle de l’Est parisien puisqu’elle relie les quartiers de la Chapelle et de la Villette en ejambant le fuseau de chemins de fer menant à la Gare de l’Est. Mais c’est aussi une rue vivante et commerçante, riche d’un héritage populaire et productif encore lisible par les immeubles faubouriens qui la bordent. Ces témoins du passé sont accolés de façon hétérogène par les grandes tours des années 70 qui surplombent et scandent cette séquence urbaine unique.
On assiste alors à une double échelle de lecture de cette portion de ville où de grands objets architecturaux et urbains iconiques tels que le 104, le jardin d’Eole ou encore les orgues de Flandre se détachent sur un fond d’architecture ordinaire et domestique.
C’est dans ce contexte dual que le projet de la résidence étudiante s’inscrit, en assumant une position de médiation entre l’échelle métropolitaine qui appelle à la réalisation d’une haute architecture formelle, et l’échelle domestique de la rue et du programme de logements sociaux qui invite à la rationalité de la conception et de l’expression compositionnelle.
Plutôt que de chercher un entre deux, le projet assume ces injonctions contradictoire et développe alors une double morphologie qui peut répondre à ces contextes polarisés. Le système de construction tramé en éléments de béton teintés et préfabriqué permet de tisser ensemble ces échelles et contenir le contraste de deux dimensions qui cohabitent.
Ainsi, la trame lisible depuis la rue unifie les deux volumes de 7 et 11 niveaux. Elle révèle son programme de logement étudiants par ces grandes baies correspondant chacune à un studio. Le projet se construit alors autant par la masse du volume immédiatement saisissable que par le dessin subtile du calepinage des baies et des éléments préfabriqués qui se lit de près. Par son système constructif, l’immeuble prolonge la lecture en deux temps que sa position urbaine implique.
Tout en s’accrochant aux alignements des deux immeubles mitoyens, le projet construit sa propre identité formelle. En limitant au maximum les éléments rapportés et les systèmes secondaires, la façade se rapproche d’une figure abstraite et non plus figurative. Sa composition formelle comme structurelle découle de choix économique et techniques, dans le but d’assurer un vieillissement optimal du bâtiment en facilitant son entretien et sa maintenance puisque le béton teinté dans la masse est la seule finition de l’édifice.
Les 114 logements étudiants profitent tous de surfaces généreuses, allant de 18 à 26m². Ils sont organisés selon une typologie de bande active de 3m de large qui génère des plans d’appartement très rationnels et permissifs, offrant une grande capacité d’appropriations pour la multitude de situation de vie qu’une résidence étudiante doit accueillir.
Tous comportent une entrée contenant une cuisine privative ainsi qu’une salle d’eau fermée. Disposés dans la profondeur de la façades, les logements sont optimalement éclairés par de grandes baies de 2.2 par 1.7 m s’ouvrant par deux battants indépendant afin de permettre aux locataires une flexibilité d’aménagement dans leur esapce de vie tout en bénéficiant d’une largeur d’ouverture importante. L’allège basse, doublée d’un garde corps metallique, donnent un statut de petit balcon à ces larges ouvertures qui prolongent le logement vers l’extérieur.
Conçus dans l’optique d’une maintenance facilités, les appartements sont des espaces sobres limitant les éléments de second œuvre. De plus, le système constructif étant déployé en façade uniquement, l’entièreté des cloisonnements SAD intérieurs sont démontables. Cette typologie en bande offre donc une évolutivité de la programmation dans le temps pour s’assurer de toujours répondre à l’évolution des besoins locatifs.
Au regard des qualités du site et notamment des vues lointaines possibles, les locaux communs prennent place au R+7 en prolongement un espace extérieur accessible à tous les résidents. Celui-ci prend la forme d’une terrasse partagée sur l’ensemble de la toiture du volume en saillie qui bénéficie d’une relation privilégiée au grand paysage métropolitain parisien. Cette terrasse plein sud est protégée par une structure métallique servant de tuteur aux plantes grimpantes qui sont plantées le long de la façade. La présence de végétaux sur ce projet, sinon exclusivement minéral, se retrouve aussi en toiture du R+10 où des cultures hors-sols sont installés.
Ces présences végétales sur les toitures permet d’alléger la masse de l’ensemble en introduisant des formes organiques qui ne répondent pas à la trame unifiante mais offre de la vie animant la composition tenue. Le projet se base sur une analyse économique des besoins des étudiants parisiens. Les choix de composition, qu’ils portent sur le système constructif ou sur le dessin du second œuvre, sont systématiquement pensés pour orienter l’effort économique et architectural là où ils seront le plus bénéfiques aux habitants.
La double échelle de la résidence étudiante s’additionne à une double orientation. La façade arrière, loin d’être cachée de l’espace public devient le nouveau fond de scène de la cour centrale du Centquatre, haut lieu culturel situé derrière la parcelle de la résidence étudiante. Ici aussi, la trame constructive devient le point de médiation entre deux situations à première vue opposée. Les éléments de béton préfabriqués conservent les mêmes dimensions comme calepinage, cependant leur teinte varie selon la face du projet.
La façade sud, par sa hauteur de plus de 30m est très présente depuis la rue Riquet. Dans une logique de juxtaposition d’éléments architecturaux hétérogènes, propre au quartier, les panneaux préfabriqués en béton lasurés sont de teinte grise, leur permettant de ressortir dans un contexte d’immeubles blanc-beige-rosé, assez peu expressif. Les fenêtres reprennent la typologie à deux vantaux avec une semi-allège maçonnée et gardent ainsi un caractère domestique en cohérence avec l’usage’une résidence étudiante. Les gardecorps sont métalliques avec un barreaudage simple dialoguant avec les modénatures parisiennes et environnantes.
La façade nord dialogue avec la cour centrale du 104. Extrêmement présente pour les visiteurs de ce dernier, la tonalité, les ouvertures et la matérialité du projet répondent alors à cette architecture éclectique mêlant façade néo-classique en pierre massive grise, bâtiments encadrés de brique, et grandes ouvertures contemporaines en métal et bois. Il en résulte une certaine ambiance hétérogène, témoin d’une époque transitoire mais dont la tonalité dominante reste le blanc-beige donné par la pierre massive et par le sol clair en béton. C’est cette tonalité de beige clair qui est choisie pour la façade arrière du projet, afin que celle-ci puisse complèter et participer pleinement à cette ambiance intérieure.
En privilégiant un travail de tonalité et non de matérialité, la résidence étudiante parvient à s’adresser à des échelles et des contextes variés tout en préservant une identité plastique unique et distincte.
fiche technique
construction de 114 logements étudiants
Nexity Seeri
livré en 2022
NF Habitat HQE, périmètre MH
2 910 m²
Clément Guillaume (photos), graal (maquettes)
graal architecture et stratégies urbaines
13 rue georges auric 75019 paris
+33 (0)1 43 55 85 74, contact@graalarchitecture.com